Avoir 20 ans de rétablissement, aujourd’hui en addictologie

Le poids des mots, le choc des photos, passer d’une époque à une autre…Ne pas prendre de drogue et de l’alcool pendant 20 ans, et tous autres produits qui modifie le comportement, c’est possible. La preuve j’en suis l’exemple vivant. Je vais vous livrer ici mon expérience, afin que vous sachiez qu’il est possible de vivre clean. Il est temps d’enlever le regard de la société, qu’on ne peut  pas s’en sortir.

J’ai deux dates de naissance, la 2ème c’est celle de ma renaissance avec l’arrêt des produits.

Le fait d’avoir appris que je souffrais de la maladie de la dépendance m’a beaucoup aidé. 

Après j’ai  dû, apprendre, comprendre, puis accepter que j’étais atteint d’une maladie progressive, incurable et mortelle, qui s’appelle la dépendance, elle peut toucher aussi d’autres addictions, affective, co-dépendance, etc…  

Cette maladie ne guérira pas, et elle exige pour moi la sobriété. 

Maladie reconnue par l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé. 

Il est temps d’ôter les idées qu’un « drogué ne peut pas s’en sortir.

Ne plus être un Addict actif  paraît un repoussoir, tant au dépendant qu’à la société. Or ceci est un préjugé social, et une conviction de drogué enferré dans des habitudes puissantes.

Ne pas prendre de drogue, de l’alcool,  est la seule différence intrinsèque qui distingue le dépendant du reste de la société. C’est un changement démesuré à effectuer et, rationnellement, une modification infime. Un détail qui change la donne car il est vital, avec  l’empowerment.

Vivre la sobriété comme une nouvelle vie

Dans un premier temps il faut donc tout mettre en œuvre pour que ce nouveau mode de vie s’installe, qu’il s’affermisse, qu’il dure. Il a fallu connaître les situations à risque, et prendre les précautions indispensables pour écarter les tentations, quelle que soit leur domaine.

On s’efforcera de respecter au départ cette continence, puis on la considèrera comme une conduite incluant l’abstention, mais s’élargissant à une façon de vivre qui la permette en permanence, et s’ouvre vers une vie de qualité.

Car se contenter de ne pas consommer, n’est pas tenable, n’est pas une vie, n’a pas de sens. On fera le pari d’une vie d’une nouvelle aventure, arrosée d’eau cette fois. Beaucoup de dépendants sont des aventuriers fourvoyés, capables de vivre avec des perspectives nouvelles et assainies. Certes la rechute existe, mais il peut ne pas y en avoir… Et si il y a rechute, il faut revenir au rétablissement. 

 le regard de la société, un choc difficile à accepter

Comme on ne peut pas préjuger de la compréhension actuelle ou ultérieure de la société, la participation aux groupes d’entraide est la meilleur façon de puiser des forces suffisantes, d’apprendre comment faire pour rester clean sans souffrir, ne pas se sentir trop seul, évacuer honte et culpabilité, être soutenu et aidé quelle que soit l’heure, acquérir les rudiments de sa nouvelle identité. On peut aussi se faire accompagner d’un « parrain, ou marraine », une sorte de pair-aidant(e) expert(e) en recovery, et dans l’accompagnement au rétablissement.

Cette dernière est indispensable car la société ne comprend pas, pour l’instant, ce qu’est un dépendant qui ne consomme plus. A la différence du toxicomane ou de l’ivrogne , il n’a aucune visibilité dans le monde. Il doit se débrouiller pour que, quel que soit le contexte, sa décision et sa condition particulière soient respectées.

Apprendre à dire non, malgré le regard interrogatif ou réprobateur d’autrui, ne pas se laisser servir automatiquement, demander fermement un jus de fruit ou une eau minérale, oser dire à des proches bienveillants si les circonstances s’y prêtent : « je suis dépendant, je ne peux pas boire d’alcool », se font d’autant plus facilement que la décision de rester sobre est, constamment, inébranlable.

Ce n’est pas toujours facile au début, mais ça le devient progressivement. Si la décision est franche, les impulsions de re-consommer s’estompent avec le temps, jusqu’à disparaître, en quelques mois, complètement. Le travail sur soi, le passage d’une condition de dépendant  « en activité » à celle de dépendant non actif bouleversent le paysage.

Le drogué et ou l’alcoolique abstinent, espèce en voie d’apparition ou de disparition? 

Quitter l’abus, apprendre la sobriété mentale et émotionnelle, se mettre moins en avant, préférer l’intensité à l’excès, rester dans le présent, être attentif aux sensations saines, permettent la renaissance du désir, la diminution de l’anxiété, l’impression d’utilité retrouvée, l’apparition d’un confort de vie. L’entourage reprend confiance en vous, les responsabilités choisies reviennent. Et, après la libération, se profile la liberté. La morale est reconstituée, les objectifs de vie sont revus dans un souci de cohérence entre elle et le désir. Les visées d’ordre spirituel paraissent souvent alors bien préférables aux satisfactions matérialistes et uniquement égoïstes.

Tout ceci se fait petit à petit. S’installent un calme significatif et une confiance en soi qui permettent de maintenir, désormais sans problème majeur, l’indispensable désir d’arrêter de consommer. Sans préoccupation démesurée du qu’en-dira-t-on. Ni paria, ni bête curieuse ou ovni, le dépendant est à l’aise, c’est une espèce en voie d’apparition!

Le rétablissement existe vraiment, la politique aujourd’hui en addictologie, c’est la réduction des risques, on parle moins d’abstinence, et les professionnels ne savent plus où ils en sont ; est-il en voie de disparition?

Par exemple aux USA il mettent leur appartenance à des fraternités en 12 étapes sur leur CV, en France c’est pas bien vu. J’en ai fait l’expérience, car devant il te dise c’est bien et par derrière quand il y a par exemple un vol, c’est « accusé levez vous ».

Certes dans une société « heureusement » qu’il y a les produits sinon les gens s’entretueraient.

Moi les produits m’ont aidé à vivre. Si je ne les avaient pas rencontrés, je me serais surement suicidé…Mais je regrette de n’être pas avoir rencontré le rétablissement plus tôt.

Il y a des dépendants qui ont un potentiel à développer, qui est étouffé avec les produits.

Le rétablissement se partage et se transmet à d’autres, c’est dans cette voie que j’ai décidé de transmettre mes savoirs expérientiels.

Un jour un médecin m’a renvoyé mon chèque, car il m’a dit que « je réparais le monde ».

Mahidine BOUCHAABA

Médiateur de Santé-Pair

Consultant en Addictologie Générale

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