Pour la prise en compte des familles, et des proches dans le traitement des addictions

Lorsqu’un membre de la famille est sujet à une addiction, quelle qu’elle soit, c’est souvent un séisme dans son entourage et chacun de ses membres est confronté à l’incapacité de régler les problèmes.

En parler est difficile, trouver de l’aide l’est tout autant, s’orienter dans les différents dispositifs peut être un parcours du combattant. Le simple fait de trouver une information peut s’avérer compliqué quand l’orientation est si disparate.

Pour les familles qui souhaitent aider un dépendant actif, il est primordial de s’éduquer et de se remettre de la codépendance acquise au cours des années, au contact de la maladie, de la dépendance. 

Il faut que les familles effectuent un travail personnel pour comprendre la maladie et jusqu’à quel point elles doivent se rétablir avant tout. 

La société post-covid développe des abus en tous genres et des addictions à tous les étages. 

Plus de 200 millions de personnes dans le monde ont mis leur vie en danger en utilisant des drogues illicites en cumulé entre 2007 et 2020 (Nations Unies [ONUDC]), c’est une situation qui représente un défi majeur pour les autorités en santé publique.      

La complexité du problème est abordée dans le cadre de recherche de soins novateurs et de programmes efficaces de prévention, développés par des scientifiques. (Miller,1992 ; Nations Unies, 2003).

La première étape est la reconnaissance de la multicausalité du phénomène (Parascandola & Weed, 2001 ; Newcomb & Felix-Ortiz, 1992), mais aussi sa qualité de maladie chronique (McLellan, Lewis, O’Brien & Kleber).

Le concept de rétablissement introduit en 1999 par Grandfield & Cloud décrit le processus thérapeutique d’accompagnement du toxicomane par des professionnels et ou des pairs, des membres de la famille connaissant la maladie qui ont effectué un travail de rétablissement sur leur propre codépendance.

Le rétablissement de la famille ainsi que celui du dépendant actif peut se réaliser en peu de temps si chacun a le désir sincère de se rétablir.

Par ailleurs à quoi sert un dispositif s’il n’est connu que des experts mais pas par les personnes pour qui il est conçu ? 

Quel est l’intérêt de mettre en place de belles plateformes d’information s’il n’y a pas d’évaluation du service qu’elles peuvent apporter ? 

Que vaut une action si elle ne contribue pas à sortir les personnes concernées par une addiction et leurs familles de leur isolement ? 

Quelle plus-value apporte une association dans sa fonction d’accompagnement si elle n’est pas repérée comme telle par les personnes vivant sur le territoire où elle mène son action, ou si elle n’est pas identifiée par les acteurs de prévention et de soins ?

C’est pourquoi il nous parait très fondamentale qu’une association comme l’Afder https://afder.org/ existe et puisse apporter des informations vérifiés et utiles aux familles, 

Celles-ci sont très souvent désemparées après un long parcours thérapeutique sans explication ni sens. 

Mais aussi à tous les professionnels travaillant sur ces sujets ou pouvant potentiellement être confrontés à ces problématiques.

L’Afder accompagne les familles depuis 2003, permettant à chacun de trouver une information, des outils, une analyse, des référents, des structures ou bien des modes de communication originaux. 

Nos groupes de paroles et forums de discussions facilitent également les échanges et le débat, entre les personnes concernées qui recherchent ce type de rencontre.

Nous continuons à faire évoluer nos modèles thérapeutiques en collaboration avec les associations, les professionnels, les pair-aidants, les entreprises, collèges, lycées, agissant sur le terrain.

Nous savons que notre modèle est porteur d’espoir, c’est un cercle vertueux exponentiel pour que le moins de dépendants possible ne meurent de cette maladie.

Mahidine Bouchaaba

Médiateur de santé-pair

Addictologue

Julien Chartier

Président de l’Afder

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Avoir 20 ans de rétablissement, aujourd’hui en addictologie

Le poids des mots, le choc des photos, passer d’une époque à une autre…Ne pas prendre de drogue et de l’alcool pendant 20 ans, et tous autres produits qui modifie le comportement, c’est possible. La preuve j’en suis l’exemple vivant. Je vais vous livrer ici mon expérience, afin que vous sachiez qu’il est possible de vivre clean. Il est temps d’enlever le regard de la société, qu’on ne peut  pas s’en sortir.

J’ai deux dates de naissance, la 2ème c’est celle de ma renaissance avec l’arrêt des produits.

Le fait d’avoir appris que je souffrais de la maladie de la dépendance m’a beaucoup aidé. 

Après j’ai  dû, apprendre, comprendre, puis accepter que j’étais atteint d’une maladie progressive, incurable et mortelle, qui s’appelle la dépendance, elle peut toucher aussi d’autres addictions, affective, co-dépendance, etc…  

Cette maladie ne guérira pas, et elle exige pour moi la sobriété. 

Maladie reconnue par l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé. 

Il est temps d’ôter les idées qu’un « drogué ne peut pas s’en sortir.

Ne plus être un Addict actif  paraît un repoussoir, tant au dépendant qu’à la société. Or ceci est un préjugé social, et une conviction de drogué enferré dans des habitudes puissantes.

Ne pas prendre de drogue, de l’alcool,  est la seule différence intrinsèque qui distingue le dépendant du reste de la société. C’est un changement démesuré à effectuer et, rationnellement, une modification infime. Un détail qui change la donne car il est vital, avec  l’empowerment.

Vivre la sobriété comme une nouvelle vie

Dans un premier temps il faut donc tout mettre en œuvre pour que ce nouveau mode de vie s’installe, qu’il s’affermisse, qu’il dure. Il a fallu connaître les situations à risque, et prendre les précautions indispensables pour écarter les tentations, quelle que soit leur domaine.

On s’efforcera de respecter au départ cette continence, puis on la considèrera comme une conduite incluant l’abstention, mais s’élargissant à une façon de vivre qui la permette en permanence, et s’ouvre vers une vie de qualité.

Car se contenter de ne pas consommer, n’est pas tenable, n’est pas une vie, n’a pas de sens. On fera le pari d’une vie d’une nouvelle aventure, arrosée d’eau cette fois. Beaucoup de dépendants sont des aventuriers fourvoyés, capables de vivre avec des perspectives nouvelles et assainies. Certes la rechute existe, mais il peut ne pas y en avoir… Et si il y a rechute, il faut revenir au rétablissement. 

 le regard de la société, un choc difficile à accepter

Comme on ne peut pas préjuger de la compréhension actuelle ou ultérieure de la société, la participation aux groupes d’entraide est la meilleur façon de puiser des forces suffisantes, d’apprendre comment faire pour rester clean sans souffrir, ne pas se sentir trop seul, évacuer honte et culpabilité, être soutenu et aidé quelle que soit l’heure, acquérir les rudiments de sa nouvelle identité. On peut aussi se faire accompagner d’un « parrain, ou marraine », une sorte de pair-aidant(e) expert(e) en recovery, et dans l’accompagnement au rétablissement.

Cette dernière est indispensable car la société ne comprend pas, pour l’instant, ce qu’est un dépendant qui ne consomme plus. A la différence du toxicomane ou de l’ivrogne , il n’a aucune visibilité dans le monde. Il doit se débrouiller pour que, quel que soit le contexte, sa décision et sa condition particulière soient respectées.

Apprendre à dire non, malgré le regard interrogatif ou réprobateur d’autrui, ne pas se laisser servir automatiquement, demander fermement un jus de fruit ou une eau minérale, oser dire à des proches bienveillants si les circonstances s’y prêtent : « je suis dépendant, je ne peux pas boire d’alcool », se font d’autant plus facilement que la décision de rester sobre est, constamment, inébranlable.

Ce n’est pas toujours facile au début, mais ça le devient progressivement. Si la décision est franche, les impulsions de re-consommer s’estompent avec le temps, jusqu’à disparaître, en quelques mois, complètement. Le travail sur soi, le passage d’une condition de dépendant  « en activité » à celle de dépendant non actif bouleversent le paysage.

Le drogué et ou l’alcoolique abstinent, espèce en voie d’apparition ou de disparition? 

Quitter l’abus, apprendre la sobriété mentale et émotionnelle, se mettre moins en avant, préférer l’intensité à l’excès, rester dans le présent, être attentif aux sensations saines, permettent la renaissance du désir, la diminution de l’anxiété, l’impression d’utilité retrouvée, l’apparition d’un confort de vie. L’entourage reprend confiance en vous, les responsabilités choisies reviennent. Et, après la libération, se profile la liberté. La morale est reconstituée, les objectifs de vie sont revus dans un souci de cohérence entre elle et le désir. Les visées d’ordre spirituel paraissent souvent alors bien préférables aux satisfactions matérialistes et uniquement égoïstes.

Tout ceci se fait petit à petit. S’installent un calme significatif et une confiance en soi qui permettent de maintenir, désormais sans problème majeur, l’indispensable désir d’arrêter de consommer. Sans préoccupation démesurée du qu’en-dira-t-on. Ni paria, ni bête curieuse ou ovni, le dépendant est à l’aise, c’est une espèce en voie d’apparition!

Le rétablissement existe vraiment, la politique aujourd’hui en addictologie, c’est la réduction des risques, on parle moins d’abstinence, et les professionnels ne savent plus où ils en sont ; est-il en voie de disparition?

Par exemple aux USA il mettent leur appartenance à des fraternités en 12 étapes sur leur CV, en France c’est pas bien vu. J’en ai fait l’expérience, car devant il te dise c’est bien et par derrière quand il y a par exemple un vol, c’est « accusé levez vous ».

Certes dans une société « heureusement » qu’il y a les produits sinon les gens s’entretueraient.

Moi les produits m’ont aidé à vivre. Si je ne les avaient pas rencontrés, je me serais surement suicidé…Mais je regrette de n’être pas avoir rencontré le rétablissement plus tôt.

Il y a des dépendants qui ont un potentiel à développer, qui est étouffé avec les produits.

Le rétablissement se partage et se transmet à d’autres, c’est dans cette voie que j’ai décidé de transmettre mes savoirs expérientiels.

Un jour un médecin m’a renvoyé mon chèque, car il m’a dit que « je réparais le monde ».

Mahidine BOUCHAABA

Médiateur de Santé-Pair

Consultant en Addictologie Générale

CODÉPENDANCE AFFECTIVE ET ADDICTIONS AU SEX

La codépendance, et la dépendance affective et ou sexuelle

La dépendance est un sentiment de manque puissant. Un besoin « douloureux » qu’il est nécessaire d’assouvir. C’est également un manque en nous que nous cherchons à combler par l’extérieur. Une fois trouvée cette chose à l’extérieur, elle nous est indispensable et nous en sommes DÉPENDANT!

Cela devient nécessaire pour ne pas dire vital. On ne pense qu’à ça, elle nous hante ! Il existe différentes formes d’addictions ou de  dépendance : l’alcool, la drogue, le sport, le sexe,  la nourriture, l’argent, le travail, le jeux, la cyberdépendance…, ce sont des addictions plus ou moins dure.

Si ce manque est affectif, sentimental ou sexuel, il nous faut trouver une personne capable de combler au mieux ce manque.

Cela semble tout à fait légitime de vouloir se débarasser de ces souffrances, seulement voilà, une relation amoureuse N’est PAS faites pour combler un vide en nous !

Les êtres humains sont interdépendants par définition. Cependant, certains sont plus ou moins indépendants que d’autres et il arrive qu’un excès de dépendancesoit problématique et occasionne des souffrances. La dépendance affective (ou amoureuse) perturbe le fonctionnement de la personne qui en souffre, ou la stabilité de la relation de couple.

Il est à noter que l’on peut être un dépendant affectif ou sexuel en dehors d’une relation de couple uniquement. On peut l’être à propos d’un ami, d’un parent, d’un enfant, etc.

Peut-on vraiment qualifier une dépendance de plus importante qu’une autre ? À mon sens non. Avez-vous seulement idée à quel point la dépendance affective ou sexuelle peut faire des dégâts ?

Et cette « maladie » arrive tout autant chez les hommes que chez les femmes. Il est fréquent de rencontrer des dépendants affectifs ou sexuels chez le conjoint de l’alcoolique et/ou du drogué, on parle alors de codépendance.

Le dépendant affectif reste accroché à son conjoint pour diverses raisons : parce que la sexualité est satisfaisante (c’est souvent ce qui fonctionne le mieux dans la relation) et que l’on a le sentiment de ne pouvoir s’en passer, l’insécurité financière joue aussi un rôle important quand on pense laisser son conjoint. Enfin, l’idée de la solitude est souvent terrifiante.

La codépendance affective et ou sexuelle peuvent découler d’un ensemble de facteurs dont le principal est l’environnement familial déficient, nommément la famille dysfonctionnelle, environnement dans lequel l’individu a pu être carencé au niveau affectif.

D’ailleurs combien de femmes, par exemple, ont pensé aller chercher l’amour et l’affection dans la sexualité avec un homme alors que, bien souvent, c’était l’amour de leur père qu’elles recherchaient?

L’enfant, n’ayant pas reçu cette sécurité affective étant jeune, il est fréquent qu’il veuille rechercher l’approbation et la revalorisation lorsqu’il devient adulte, afin d’établir des bases solides pour une estime de soi valable.

Les différents types

La dépendance affective prend plusieurs formes, intellectuelle, financière, sexuelle, affective. Il peut s’agir d’un type spécifique de dépendance, comme la dépendance à la relation passionnelle (autrement dit à la première phase de l’amour où passion et sentiments sont intenses. Ce n’est pas à l’autre en tant que sujet dont on est dépendant, mais à cette phase passionnelle) ; la dépendance à l’autre décrit un attachement dépendant à l’autre qui n’est donc pas interchangeable. La drague compulsive peut traduire la dépendance au nombre de conquêtes, qui sont enchaînées, mais ce n’est pas pour cumuler les relations sexuelles mais c’est finalement y trouver une forme d’attachement affectif. Ou bien le dépendant n’est intéressé qu’a une certaine forme de la relation sans engagement  par exemple le sexe, car il ne peut pas donner de nourriture intime, on parle alors d’anorexie.

Le dépendant affectif ou sexuel se réalise à travers l’autre. Mais il y a un autre aspect à cette addiction et c’est celui de se sentir responsable du bonheur de l’autre.

Combien de fois n’ai-je pas entendu plus d’une femme d’alcoolique ou de toxicomane me dire ou le vivre inconsciemment : « je vais tellement aimer mon mari, qu’il va arrêter de consommer à cause de moi, qu’il va changer son comportement ».

Ces deux aspects de la dépendance affective ou sexuelle ont pour but de chercher et retrouver une source de valorisation personnelle (ne serait-il pas extraordinaire de « sauver » l’autre ?), de justifier sa raison d’être à travers l’autre et donc d’atteindre le bien-être.

Mais attention, chez le dépendant affectif ou sexuel, tout cet exercice, tout ce déploiement d’énergie sont en place afin, souvent, de combler un vide intérieur. Il dépend donc de beaucoup de monde : amis, parents, conjoint et dévie de ses propres besoins à combler.

Il abandonne ses intérêts personnels pour se centrer sur quelqu’un qu’il considère comme plus important que lui. Il va se plier au moindre désir de l’autre. Cela peut même aller jusqu’à devenir victime de manipulation et accepter l’inacceptable.

Jusqu’où cette réalité du dépendant affectif ou sexuel peut-elle mener? À la prison, l’hôpital, ou la morgue… 

La dépendance affective ou sexuelle n’est pas moins pire qu’une autre dépendance, car elle porte son lot de souffrances. Parlez-en aux dépendants affectifs ou sexuels eux-mêmes.

La dépendance affective, c’est, en bref, compter sur une autre personne pour se développer (affectivement, socialement, personnellement). N’exister que par l’autre. Compter sur l’autre pour son propre bonheur… À ce compte, je la compare à toutes les autres dépendances. Le « produit » consommé est humain, sexuel, affectif.

Que pouvez-vous faire maintenant ?

Il n’existe pas de traitement « miracle », mais il y a quand même une bonne nouvelle : si la dépendance affective ou sexuelle est comparable à n’importe quelle autre addiction, alors il est possible d’en arrêter la progression et d’en sortir.

Être d’abord heureux pour soi, combler ses propres besoins et ainsi tout le monde finira par en bénéficier. Installer une espèce de détachement émotif, c’est-à-dire vous approprier vos propres émotions, les assumer, se changer de l’intérieur; ensuite, la transformation de votre personne deviendra un objet d’attrait pour les autres autour de vous.

Ne déviez jamais de l’idée de combler vos propres besoins, d’avoir vos propres activités et de ne pas déroger à faire ce que vous devez faire, pour vous.

Et encore une fois, il n’y a que vous qui puissiez le faire, mais vous n’êtes pas obligé de le faire seul !

Comment en sortir ?

Quand la souffrance est trop grande, lorsque la dépendance met en péril le couple, il est important de se faire aider. Un travail sur soi est indispensable puisque comprendre l’origine de la dépendance, en analysant son enfance et adolescence pour identifier quelles failles se sont formées, quels besoins n’ont pas été assouvis permettra de mieux répondre à ces derniers.

Il nécessite de faire face à son angoisse et de travailler sur des reformulations pour ne pas se laisser envahir par les pensées erronées (il ne va pas revenir, il doit me tromper,…) en les reformulant de façon positive. Quand l’angoisse survient, différentes stratégies peuvent être mises en place : partir se balader dans la nature, méditer, prendre une douche froide ou chaude pour se concentrer sur des sensations physiques, effectuer une activité manuelle, artistique ou sportive,… Cultiver une vie familiale, amicale, sociale épanouie est un excellent moyen de sortir de la dépendance à une seule personne.

Un travail sur la confiance en soi est indispensable pour prendre conscience du fait que l’on est réellement aimable (au sens où l’on peut être aimé). C’est la base de toute relation de couple… Le partenaire peut aussi être impliqué dans la thérapie puisqu’il n’est pas simple d’être toujours sollicité par le dépendant affectif et de devoir toujours le rassurer. Cela permet d’améliorer les interactions entre les deux partenaires…

L’accompagnement avec un pair-aidant, l’ETP l’éducation thérapeutique du patient peut aussi aider. l’AFDER l’Association des dépendants en rétablissement, organise régulièrement des groupes d’empowerment.

Pour plus d’information téléphoner au 06 11 68 98 52.

Mahidine Bouchaaba

Médiateur de santé-pair

Consultant en addictologie générale

Comment aider quelqu’un ayant une addiction ?

Comment aider un ami ou un membre de la famille avec un problème d’alcool, drogue, ou toutes autres addictions?

Intervention

Parvenir à aider quelqu’un ayant un problème d’alcool de drogue ou toutes autres addictions n’est pas simple. Trop souvent, les amis les plus proches ou la famille ferment les yeux face à la situation et espèrent que la personne comprendra au bout du compte. Mais l’addiction ne va pas disparaître et le refus peut empêcher la personne de réaliser la véritable nature du problème et ses conséquences. Les grands addicts perdent la capacité de se rendre compte des décisions sur leur consommation, c’est pourquoi l’implication de la famille, des amis et des employeurs peut faire la différence.

Approche

Une approche souple et attentive plutôt que sévère est fondamentale. Vous devez avoir une attitude non conflictuelle et persuasive. Acceptez le fait qu’il s’agit d’une situation difficile et préparez-vous à une personne avec un comportement défensif et hostile. Gardez votre calme.

Évitez un ton culpabilisant. Au lieu de dire « Je trouve que vous êtes un toxicomane », dites « Je crois que vous avez un problème d’addiction ou de dépendance à tel ou telles produits « .

Vous pouvez vous sentir un peu effrayé ou irrité, mais ne cédez jamais à la culpabilité ni aux confrontations violentes. Ce qui doit être souligné c’est le message, ce qu’on dit et pas comment on le dit.

Exprimer votre préoccupation et proposez de l’aide Au début, parlez de vos préoccupations et de votre volonté d’aider et de devenir un soutien tout en prenant des mesures positives.

Exposez les faits

Exposez les faits réels sur la consommation liée à l’addiction et soyez clair par rapport au comportement de la personne. Évitez les jugements moraux et les opinions. Si vous pensez dire « Je pense que vous buvez un peu trop », dites plutôt : « hier soir vous aviez des troubles d’articulation et vous hurliez, vous avez conduit du mauvais côté de la route, j’ai vraiment eu peur ».

Expliquez qu’ils ont une maladie

Précisez qu’un problème sérieux d’alcool ou de drogue est une maladie, et en aucun cas une faiblesse morale ou un manque de volonté. Insistez sur le fait qu’ils sont des êtres honnêtes mais avec une maladie très destructrice, qui mène à une dégradation progressive et peut avoir une issue fatale. Aidez-les à reconnaître que la seule manière de faire face à cette maladie est de parvenir à l’abstinence. Afin de réussir, il faudra de l’assistance et vous deviendrez un soutien.

Utilisez votre influence pour convaincre si possible

Plus vous serez influent pour convaincre/et négocier, meilleur sera le résultat. Il est aussi efficace de fixer des limites saines. Mais il ne faut pas confondre cette technique avec des « menaces », vous devez essayer de mettre en œuvre tout ce vous dites. Si vous êtes un employeur, il peut s’avérer nécessaire de proposer un choix entre le traitement ou mettre sa carrière en jeu. Vous ne forcez personne à rechercher de l’aide, vous proposez de faire un choix.Un juge pourrait décider si la personne a le choix entre le traitement ou l’emprisonnement. Les parents pourraient décider que les petits-enfants sont exposés à un risque sauf si leur grand-père recherche de l’aide. Parlez de votre profonde préoccupation, mais avec fermeté.

Engagez d’autres personnes qui soient aussi inquiètes

Un groupe, un pair-aidant aura un impact plus grand . Une épouse peut faire appel à son fils aîné, à un frère/ une sœur, un pasteur, un imam, un rabin…, ou sur le lieu de travail certains collègues peuvent s’impliquer. Si chacun a connaissance des faits particuliers le résultat sera très percutant.

Encore une fois, un groupe peut agir séparément: plusieurs personnes pourraient durant quelques semaines se rapprocher de l’individu pour lui suggérer qu’il aurait besoin d’aide, tout en laissant la même carte de visite ou le même numéro de téléphone d’une assistance professionnelle.

Proposez des renseignements et de l’assistance professionnelle

Laissez des renseignements partout dans la maison. Ayez à portée de main les noms et les numéros de téléphones des agences ou des professionnels qui fournissent le traitement adéquat. Proposez d’appeler immédiatement, à leur place. Trop souvent la personne vous dira qu’il/elle va chercher de l’aide mais n’ira pas jusqu’au bout. S’ils n’acceptent pas votre proposition, laissez du moins la porte ouverte à cette possibilité, ne soyez pas sur leur dos et ne les réprimandez pas. Il pourrait suffire de semer les premières graines. Quant il s’agit d’un ami, il faudra des mois ou plus avant qu’ils n’acceptent de commencer un traitement.

Faites preuve de « fermeté affectueuse »

Soulignez les responsabilités qui reposent sur la personne. N’assumez pas de responsabilités tout seul.

Donnez de l’espoir

En général, l’aide et le traitement ne sont pas proposés car la situation semble irrémédiable. En effet 50 % des patients ayant des addictions à l’alcool et à la drogue peuvent se remettre et arrivent jusqu’au bout. D’excellents résultats sont constatés chez les Addicts précoces.

Recommandez un groupe d’entraide

Me contactez en mp, ou l’Afder http://afder.org, qui est une association d’aide aux familles et aux proches des personnes alcooliques, drogues, jeux et toutes autres dépendances à problèmes. Pensez à une intervention précoce Comme n’importe quelle maladie, il existe une meilleure réponse à l’alcoolisme, à la drogue, et toutes autres addictions, grâce à une intervention précoce et si le problème est soulevé dés le début, des meilleurs résultats seront attendus. Trop souvent, le problème est laissé de côté jusqu’à ce qu’il y ait une crise grave. La complicité sur le lieu de travail est aussi très fréquente, alors le collègue ayant une performance moyenne est toléré jusqu’à ce qu’on lui donne une prime de départ ou qu’il soit renvoyé pour une simple erreur technique. Plus nous ignorerons le problème, plus grands seront les risques pour la santé : des lésions cérébrales, des dommages au foie et des pronostics défavorables.

Mahidine BOUCHAABA

Médiateur de santé-pair

Trauma, addictions, et santé mentale dans la communauté harkie.

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Harkis et blessures psychologiques

Revendiquant une triple appartenance- harki, algérienne, française, les enfants de harkis sont doublement rejetés : par la communauté algérienne d’abord, et parfois par la société française, où ils sont en butte au racisme, au même titre que les descendants des immigrés maghrébins. Comme en témoigne beaucoup de personnes. Être harki continue d’être un stigmate, malgré la connaissance que les enfants ont aujourd’hui, de l’histoire de leurs parents. Cet article va explorer les troubles du comportement, les blessures psychologiques des harkis, et enfin les psychothérapies adaptées. Si l’image des harkis en France est peu reluisante, en Algérie cette image est déshumanisée, diabolisée… tout cela constitue un facteur de souffrance psychologique supplémentaire. 

Les principaux troubles observés chez les harkis et leurs enfants se traduisent par de la honte, de la culpabilité, des sentiments de peur et de terreur, des souvenirs traumatiques, des cauchemars, des périodes sensibles au moment des dates anniversaires du traumatisme, une grande irritabilité allant parfois jusqu‘à de l‘agressivité incontrôlée… Il y a le problème de l’identité, « avoir le cul entre deux chaises » celle de traître, de collabo aussi bien de la part des algériens que de la part des français … Mais tous les harkis n’ont pas du sang sur les mains. Chez les enfants de harkis, il y a deux périodes critiques. Très jeune, on note des problèmes scolaires, des difficultés à lire, à écrire et à parler le français, des problèmes de honte liées à leur histoire, une perte de la capacité de concentration. A l’adolescence, on observe des comportements à risques, le sujet s’engage de façon presque répétitive dans des conduites comportant un danger mortel (toxicomanie, alcool, et autres addictions, holdup-up, vols, violence …) 

Dans une approche classique, les psychiatres et psychanalystes considèrent que le traumatisme actuel va réveiller un conflit ancien qui lui est structurel et constitutif de chaque personne. Ceci explique pourquoi très peu de harkis suivent une psychothérapie. Ils consultent un médecin pour des douleurs, des insomnies ou des angoisses mais très rarement pour évoquer leurs traumatismes psychiques liés à la guerre d’Algérie ou au vécu dans les camps. Dans ce contexte, peut-on envisager un traitement spécifique ou psychothérapie adaptée? Ayant accompagné des enfants de harkis, je suis tombé un jour tombé sur les travaux du Dr K.D BOUNEB.

Une psychothérapie adaptée 

L’objectif de la psychothérapie en général est de comprendre et de surmonter la souffrance psychique. Le pouvoir destructeur des blessures n’est jamais totalement mortel, il reste toujours quelque chose d’intact qui permet de repartir et de revivre. Le travail de la psychothérapie consiste à transformer chez le patient ce qui a été à l’origine de la blessure (traumatisme de guerre, viol, accident…) Tout soutien psychothérapique est utile pour aider les harkis.  Mais une psychothérapie adaptée qui tient compte à la fois du contexte historique, de la culture et de la personne elle-même est préférable et se révèle beaucoup plus efficace. Cette approche permet de comprendre le sens de la souffrance de la victime. Les mécanismes de défense sur le plan psychologique sont beaucoup plus souvent le déni et le clivage que le refoulement et la sublimation. Le patient n’est plus considéré comme un simple cas clinique réduit à son symptôme qui va subir des séances de thérapies interminables ou qui va devenir assujetti, dépendant des médicaments psychotropes prescrits par les médecins. Au contraire, le patient va être vu comme un véritable sujet avec ses multiples facettes, il va devenir acteur privilégié de sa propre guérison. Cette démarche privilégie donc l’humain avant le symptôme, elle replace le patient dans son contexte historique, culturel et spirituel en prenant en compte le système thérapeutique de son propre groupe humain. 

les personnes les plus en souffrance, des groupes thérapeutiques (comme par exemple des groupes de parole, des groupes de psychodrame, l’accompagnement par des pairs-aidants…) permettent de reconstituer des enveloppes psychiques déchirées par le traumatisme et la perte du cadre culturel. Dans ce cas, le groupe est pour eux contenant et sécurisant. Cette technique de groupe est basée sur la méthode cathartique qui consiste à faire revivre chez les patients l’événement traumatisant avec les affects pénibles. Le thérapeute invite les patients à verbaliser sur les problèmes qu’ils n’arrivent pas à dépasser seuls…. Les patients se libèrent émotionnellement, là où il y avait du chaos ils vont mettre un sens, ça va les aider à reconstruire leur vie blessée. Ensuite, avec le soutien du thérapeute et des autres patients, ils peuvent commencer à assumer leur traumatisme. 

Guérir des blessures psychologiques 

Pour conclure, le travail psychothérapique avec les harkis victimes de traumatismes doit être mené sur les affects et aussi sur le mode intellectuel. En plus de sa fonction habituelle, le thérapeute doit avoir une fonction pédagogique c’est-à-dire des connaissances historiques, culturelles pour pouvoir faire la part des choses entre le vécu et l’imaginaire du sujet et les faits historiques. Ces supports culturels spécifiques sont importants pour permettre une bonne prise en charge psychologique. 

Les groupes thérapeutiques pour les personnes en grande souffrance ont montré leur utilité à condition d’être animés par des thérapeutes compétents et formés. Les groupes de paroles en 12 étapes comme les Alcooliques Anonymes, Narcotiques Anonymes ou autres, sont très efficaces pour les problèmes d’addictologie générale. Les associations d’entraide comme par exemple l’Afder www.afder.org sont sur le terrain pour accompagner les personnes ayant des troubles de santé mentale, addictions, dépendance…Ainsi que leurs proches et proposent de partager leur expérience aux professionnels de santé. Le traumatisme a été transmis aux enfants avec des conséquences graves en terme de confiance en soi allant parfois jusqu‘à une déstructuration ou à une psychopathologie plus lourde. Cet aspect doit être également pris en compte lors des psychothérapies avec les harkis. 

La psychothérapie adaptée et  proposée n’est qu’un outil, le but c’est la guérison afin de poursuivre la vie en se servant de son potentiel intérieur et des ressources de son environnement. Elle n’est pas seulement réservée aux seuls harkis mais aussi à toutes les victimes de violences, de tortures, d’attentats, de traumatismes de guerre comme par exemple en Irak, Tchétchénie, Palestine et dans bien d‘autres contrées… La guérison n’est pas la restauration d’un état antérieur d’intégrité, c’est la délivrance d’un mal. En aidant la victime à vivre en dépit du mal qui lui a été fait, cela va lui permettre de se réintégrer dans son milieu et dans la société globale.  

Souhaitons que la société française accorde une place digne aux harkis aussi bien dans la réalité que dans la mémoire collective. Souhaitons aussi que la France et l’Algérie établissent des relations harmonieuses sans tabou au sujet des harkis. 

Dr K.D BOUNEB,  Anthropologue, psychanalyste, 

Mahidine BOUCHAABA Médiateur de santé-pair

 

LE HANDICAP PSYCHIQUE

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Les maladies psychiques sont un enjeu majeur de santé publique. D’après les enquêtes en population générale ces dernières années, près de 5% de la population française présente des troubles mentaux. Beaucoup de troubles sont concernés (schizophrénie, troubles bipolaires, troubles graves de la personnalité, dépression, addictions, etc…).

Il y a 2 grands modèles qui s’opposent dans le handicap : le modèle individuel du handicap et le modèle social. Le handicap d’origine psychique, est une limitation d’activités ou restrictions de la participation à la vie en société, subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération d’une ou plusieurs fonctions mentales, cognitives ou psychiques, et le désavantage social qui en résulte.

Il y a plusieurs modèles de classification dans les maladies mentales.

  • La CIM-10 : Classement internationale des maladies, de l’OMS (Organisation mondiale de la santé).
  • Le DSM-V : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’AAP, (Association américaine de psychiatrie).
  •  La CIH : Classement international des handicaps. L’OMS classe les conséquences des maladies, selon le modèle de handicap du dr Ph.Wood.
  • Les modèles intégrés et la loi de 2005 : Pour le droit des personnes en situation d’handicap.
  • CCTM-3 : La classification chinoise des troubles mentaux, publié par la Société chinoise de psychiatrie, utilisée en Chine.

Il y a eu des controverses autour de ces modèles, car ils ne prennent pas en compte le handicap dans sa globalité. On évolue, et on va vers la CIF en 2001: (Classification international du fonctionnement et de la maladie mentale). On prend en compte le malade et la maladie dans la société.

En 1995, on révise la CIH, et on crée des centre collaborateurs avec l’OMS. On peut citer l’exemple en 2002 de Jean François RAVAUD, qui ne peut pas aller voter car il est en fauteuil roulant. On va analyser par une approche biomédicale, pourquoi il ne peut pas aller voter. 

Le modèle social : Par ex le handicap est l’absence d’aménagement, et l’approche des droits de l’homme. Le handicap est du à une problème d’organisation sociale et de rapport entre la société et l’individu. Il faut responsabiliser la société : réduire les inégalités dans les droits, donner accès à une pleine citoyenneté, et reconnaître l’usager comme acteur.

On va vers un modèle intégré, qui prend en compte le modèle individuel et social.

Le modèle individuel : Le handicap est lié aux conséquences de la maladie. Les symptômes quand ils ne sont pas contrôlés par les traitements. Les périodes de rupture (crise, hospitalisations…), les effets secondaires des traitements, un mauvaise état général.

Certaines déficiences ont un retentissement fonctionnel important sur les troubles cognitifs.

Evaluer le handicap psychique

On va donner à la MDPH des outils et des méthodes (tests, questionnaires, mises en situations).

Les pairs aidants aident la personne à identifier ses forces, ses ressources, ses difficultés, à faire ses démarches, et contribue à lutter contre la stigmatisation et l’auto-stigmatisation.

Il y a deux cadres :

1. Le cadre législatif 

– La convention internationale relative aux droits des handicapées (CDPH).

– La charte sociale Européenne.

– La loi du 11 février 2005.

La loi du 11 février 2005 : C’est une avancée, elle pose les concepts pour le handicap. La définition du handicap, le droit à la solidarité, le droit à la compensation personnalisée, le droit à l’accessibilité, et la création des MDPH. L’article 2 de cette loi est pour l’égalité des droits, des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapés.

2. Dans le cadre institutionnelle, il y a 3 caisses :

– CNASA : Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie. 

– La MDPH : Maison Départementale des Personnes Handicapés.

– La CDAPH : Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapés, elle décide de l’attribution des aides spécifiques sur proposition de l’équipe pluridisciplinaire.

LES MISSIONS DE LA MDPH

La MDPH est un acteur principal dans le suivi des personnes atteintes de troubles psychiques ; dans l’accompagnement des personnes handicapés, leurs prestations et orientations, l’aide à l’élaboration du projet de vie, l’écoute, l’information au grand public. Elle attribue ensuite certaines aides sous certaines conditions et selon le handicap. L’allocation adulte handicapé, le complément de ressources, l’aide d’un aidant familial. Elle peut financer un emploi ou un prestataire d’auxiliaire de vie. Elle attribue la carte de mobilité, de stationnement ; et oriente vers un service d’accompagnement, un hébergement médico-sociale, une prestation de compensation du handicap, une reconnaissance de travailleur handicapé RQTH, le reclassement professionnel, et des aides relatives au handicap.

Un dossier Cerfa, avec certificat médical est déposé à la MDPH de son lieu de résidence qui étudie la demande.

Ecrit le 09/03/2019

Mahidine BOUCHAABA